Le projet Resisting Women - Femmes en résistance a été lancé lors du Forum social mondial de Nairobi au Kenya, à l’occasion du séminaire spécifique co-organisé ensemble avec Alternatives International dans le cadre de la journée d’études "Alter Inter - Guerre globale", le 23 janvier 2007. Le thème du séminaire, qui s’est déroulé en matinée, portait sur les femmes et les luttes féministes dans la guerre globale.
Texte d’appel
Le paradigme de guerre des civilisations a gagné ces dernières années en autonomie : il imprègne les discours et pratiques politiques en mainte région du monde, au Nord comme au Sud, transforme les rapports humains et sociaux, infléchit à tous niveaux les relations internationales. Dans cette guerre éminemment symbolique, le corps des femmes, leur libre-arbitre et leurs luttes sont pris en otage. En effet, cette situation de guerre nouvelle, à la fois réelle et fantasmée, entraîne la résurgence de valeurs viriles réduites à leur conception la plus guerrière, bref agressive et destructrice : tantôt, au nom de la lutte contre l’Occident impérialiste et colonialiste, les femmes sont ainsi enfermées dans une lecture conservatrice des traditions religieuses ; ou bien, au nom de valeurs universalistes parmi lesquelles l’égalité des sexes et les droits de la femme, une guerre aux accents impérialistes, larvée ou active, est déclarée contre des groupes sociaux, des nations et des peuples, contre leur culture et contre leur droit à penser, s’émanciper, inventer …
Bref, les femmes tendent à être réduites de façon renouvelée, un peu partout et dans toutes les classes sociales, à un objet pensé par d’autres, défini d’autorité par les groupes dominants selon les besoins de leur lutte, instrumentalisé voire bafoué par eux : viols en contexte de guerre, normalisation accentuée de la vie affective et sociale des femmes, détournement idéologique de leurs histoires et de leurs combats, suspicion aggravée vis-à-vis d’une recherche féministe autonome, refus de la diversité des trajectoires émancipatrices féminines hors circuits collectivement admis… la mise en guerre du monde au nom d’une civilisation sensée libérer les « barbares » rend chaque jour un peu plus difficile la vie des femmes qui ont aussi et toujours à subir l’oppression patriarcale, le poids du libéralisme et la misère qui s’en suivent mais aussi les effets de cette guerre qui ne dit pas son nom mais les désigne comme ennemies potentielles des femmes dites émancipées.
Cet affrontement idéologique entrave le dialogue entre féministes elles-mêmes, nuit à la convergence entre les luttes de femmes, divise le mouvement féministe en profondeur, l’affaiblit dangereusement alors même que les droits, paroles et libertés de la moitié de l’humanité sont malmenés et appellent à des mobilisations communes. Particulièrement, bien sûr, la problématique religieuse, « l’affaire du voile » ou la revendication d’une réflexion indépendante par les femmes sur les spiritualités ou les rapports interculturels traversent comme autant de fractures les différents champs militants.
Comment aujourd’hui reprendre le débat laissé en suspens par ces transformations et divisions récentes, en s’appuyant sur une analyse des urgences et des luttes du moment pour les femmes ? En quels termes poser aujourd’hui l’impératif de luttes féministes à nouveau convergentes avec nos diversités ? Sur quels mots d’ordre ? Sommes-nous encore capables d’avoir un référentiel commun entre militantes, par-delà les désaccords, anciens ou récents ? Et comment soustraire les luttes féministes au paradigme de guerre des civilisations ? Comment dénoncer celui-ci au nom d’un « autre monde possible »... en prenant explicitement appui sur les luttes des femmes ? Comment articuler le féminisme aux autres luttes sociales et politiques émancipatrices, et comment le situer à l’intérieur du mouvement altermondialiste mondial ? L’enjeu est bien de déconstruire cette situation de « mise en guerre » capitaliste, nationaliste, ethnique, religieuse ou culturelle à l’œuvre, pour contribuer à dégager un espace commun de construction d’alternatives globales, en évitant ensemble deux écueils : le relativisme culturel absolu et un universalisme « abstrait » et dominateur.
Resisting Women
De cette initiative sont nés le projet éditorial ResistingWomen.Net (www.resistingwomen.net) et le collectif militant Resisting Women (www.collectiveresistingwomen.centerblog.net).