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collectiveresistingwomen
Description du blog :
regroupement de féministes militantes d'horizons divers pour un espace de dialogue en construction.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
04.04.2008
Dernière mise à jour :
09.04.2008

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2 Mai 2007, Paris-Algériennes

2 Mai 2007, Paris-Algériennes

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
 2 Mai 2007, Paris-Algériennes
La société algérienne, et particulièrement les femmes algériennes, s’organise hors du champ défini et manipulé du régime policier. "Resisting Women - Femmes en Résistance" avait organisé une rencontre d’amitié et de soutien avec des militantes de la Coordination des Femmes syndicalistes d’Algérie, le 2 mai 2007 à Paris.

Le cas du comité Femmes du Snapap est exemplaire d’un travail syndicaliste féministe autonome algérien, à la fois en prise avec la question des libertés syndicales et d’un travail sans concession sur les questions liées à la situation sociale des femmes et des violences les concernant. Ce comité s’inscrit dans le cadre d’une société algérienne qui, malgré les difficultés, les manipulations et la répression, continue ainsi de s’inventer des voies pour s’organiser hors du champ défini par le régime policier... Car le syndicalisme autonome dans lequel s’inscrit ce comité femmes est bel et bien un de ces espaces de liberté qui résiste. Et le SNAPAP plus particulièrement dont il relève, a une capacité de mobilisation enracinée dans la population. Pour Ghazi Hidouci, observateur attentif et respecté de l’Algérie (Cedetim, France), « le syndicalisme autonome algérien, pour des raisons liées à la censure de l’activité politique, est le seul mouvement portant aujourd’hui la capacité politique majoritaire qui existe hors du champ du pouvoir ».

Progrès de syndicalisation des femmes

Le comité de femmes a été créé par le Snapap en 2002, lorsque ce syndicat autonome a adhéré à l’Internationale des services publics (ISP). Le comité s’est fixé pour but d’étendre et de faire respecter les droits des femmes travailleuses mais aussi d’assurer la place des femmes dans le syndicat. La présence à Paris des militantes de la Coordination des Femmes syndicalistes d’Algérie liées au SNAPAP, et du secrétaire général du SNAPAP Rachid Malaoui, en mai 2007, avait donné l’occasion à "Resisting Women - Femmes en Résistance" d’organiser une rencontre d’amitié, d’information et de soutien... Fatma-Zohra Khaled, de la Coordination des Femmes Syndicalistes d’Algérie, avait alors expliqué comment le Comité des femmes syndicalistes d’Algérie se veut plus large que le seul SNAPAP et travaille en lien aux autres syndicats autonomes dont il est proche, et comment il a pour but de contribuer à « la promotion des femmes à tous les niveaux de la vie quotidienne et dans le travail, à la promotion des normes internationales concernant les femmes, le congé maternité par exemple, recensements des besoins des femmes à l’appui, ce qui permet d’organiser des formations utiles pour elles... » Il tenait particulièrement à cœur de la syndicaliste en outre de souligner que « le travail syndicaliste au sein du comité femmes du SNAPAP est un combat qui nous permet de retrouver notre personnalité, très malmenée sous le cumul des contraintes au foyer, au travail et dans le syndicats... à quoi il faut ajouter enfin la tradition. L’accès aux postes de responsabilité syndicales par exemple reste très réduit pour les femmes. Pourtant, elles sont aussi en première ligne, et payent leur tribut à la répression syndicale, partagent la misère syndicale au quotidien : femmes syndicalistes emprisonnées, suspensions abusives, radiations de la fonction publique... »

Jusqu’à la mise en place du Comité, rappelle une note de synthèse antérieure de l'union syndicale Solidaires, les travailleuses de la fonction publique - aussi nombreuses que les hommes - étaient peu syndiquées en Algérie : « le comité national a donc décidé de faire de la syndicalisation des femmes l’une de ses priorités, afin d’intégrer les questions femmes dans l’activité quotidienne des syndicats et de permettre aux travailleuses d’y militer. Des comités femmes ont été créés au niveau régional mais surtout local, c’est-à-dire dans chacune des 48 wilayas (départements). L’intérêt de ces comités locaux est qu’ils sont ouverts aux non-adhérentes. Leur rôle est comparable à celui d’une section syndicale. C’est par leur biais que le Snapap a réussi en quelques années à augmenter le nombre de syndiquées et le Snapap compte aujourd’hui treize femmes au Bureau national des femmes travailleuses du syndicat ». Pourtant, a nuancé Khatun, du Comité Femmes, par ailleurs médecin en centre de santé, lors de la réunion à Paris en mai 2007, « s’il y a de nombreuses femmes syndicalistes dans toutes les fédérations, elles sont encore absentes de la direction même du SNAPAP, hormis la secrétaire générale, qui est une femme. Tous les secrétaires de fédérations en effet sont des hommes, à une exception près. Un objectif fixé par le SNAPAP est d’atteindre 50% de femmes à la direction, mais on en est loin encore... »

En 2006, le comité femmes a organisé des séminaires régionaux et des formations ouvertes aux militantes femmes du Snapap, à différents niveaux, portant sur la violence contre les femmes, l’enfance et la violence, le harcèlement dans l’administration, la presse, la femme et le syndicalisme, la communication par et pour les femmes, la négociation, la médiation et l’arbitrage, la collecte d’information et la conduite des projets, les textes de lois, les éléments pour l’analyse des conflits. Autant thèmes qui ont été élaborés suite à un questionnaire auprès des femmes sur leurs besoins et leurs attentes.

Harcèlement et violences sociales

La violence est ainsi un thème central sur lequel planche le Comité ces dernières années. Concernant le harcèlement, Khatun témoignait avec pudeur et précision le 2 mai 2007 à Paris : « dans le domaine de la santé où j’exerce, comme dans le reste du monde du travail en Algérie, la femme est une travailleuse harcelée. J’en ai été personnellement victime. Ce harcèlement produit un malaise difficile à gérer pour la femme. Lorsqu’il y a dépôts de plainte par des femmes pour harcèlement sexuel sur leur lieu de travail, par exemple dans la fonction publique, l’affaire en général est étouffée, et la femme est transférée sur un autre site. En outre, le harcèlement sexuel reste un sujet tabou le plus souvent. La femme qui en est victime n’ose pas même en parler chez elle car alors une réponse fréquente qui lui est faite par son entourage est : reste à la maison, ne travaille plus. Elle se retrouve face à un dilemme difficile et ne sait comment préserver sa liberté. Les très jeunes femmes, notamment celles en emplois précaires soumis à décision de renouvellement, sont particulièrement fragiles face à cette situation. Plus spécifiquement, l’activité syndicaliste est en outre mal vue pour les femmes. Leurs entourages familiaux y sont souvent hostiles, éventuellement sous la pression du voisinage : pour qui elle se prend, elle veut changer le monde ! »

La question sociale, sous divers aspects, est également omniprésente, avec ses caractéristiques propres à la femme... et à la situation algérienne. Khatun raconte comment, sur le lieu du travail, les femmes sont éventuellement cantonnées à des tâches ménagères alors qu’elles sont affectées officiellement à des postes administratifs (les hommes, eux, se retrouvent assignés parfois ainsi de même à des tâches de « gardiennage »). « Surtout, les femmes algériennes s’appauvrissent de plus en plus à mesure que baisse le pouvoir d’achat en Algérie. Les femmes en difficulté financière n’ont jamais vraiment été aidées, si ce n’est ponctuellement par des associations. Le cas des femmes divorcées est particulièrement dur. Les suicides de femmes sont en augmentation, également la prostitution pour cause de pauvreté. C’est une des raisons majeures pour lesquelles les femmes entrent à leur tour dans l’aventure de l’immigration clandestine, bravant la mer et la noyade... Alors que nous vivons dans un pays doté de grandes richesses !!! »

Dans leur travail entre femmes pour les femmes, les syndicalistes du Comité sont soutenues par le reste du syndicat, comme en témoignait Rachid MALAOUI, président du SNAPAP, lors de la rencontre de mai 2007 : « le comité des femmes a vocation à soulever des problèmes comme celui du harcèlement au nom du SNAPAP entier. Il fait de l’égalité de traitement au travail le thème central de ses mobilisations. La Coordination femmes est un observatoire des discriminations de toute nature, à l’embauche et au travail. Nous soutenons collectivement les femmes en conflit avec l’employeur. Cependant la situation est difficile par manque de moyens, notamment pour le dialogue, la communication et l’information des gens... »

Bien sûr, le syndicat « officiel » UGTA (Union Générale des Travailleurs algériens) dispose aussi d’un comité femmes, mais sur de nombreux sujets ‘il n’y a pas de problème’, l’affichage, selon le Comité Femmes du SNAPAP, étant d’abord celui « d’une démocratie de façade, pour une femme alibi, avec des moyens importants pour circuler à l’étranger et relayer la propagande officielle, etc. »

Les tracasseries lourdes dont le SNAPAP est victime de la part du pouvoir algérien, en attendant, restent multiples : arrestations, suspensions de la fonction publique suite à une grève de la faim menée en 2002-2003 pour protester contre la fermeture du SNAPAP par le préfet d’Oran (pour réintégration des grévistes finalement trois ans plus tard, mais sans être payés durant la période)... De même, il existe une interdiction légale d’élargissement d’un syndicat à la globalité des travailleurs. Cela entrave l’expansion du SNAPAP, cantonné à la seule fonction publique. De la même manière, une confédération des syndicats autonomes est interdite par la loi. Le SNAPAP a déposé plainte contre l’Etat sur ce point. Une Maison des syndicats (autonomes) et des droits humains en projet, soutenue par les syndicats amis étrangers, permettra peut-être de lever dans une prochaine période de nombreuses contraintes de moyens pour travailler mieux. Elle aura surtout l’avantage d’être, du fait des apports extérieurs, moins facilement fermée par le pouvoir que le sont les locaux aujourd’hui...

Karine Gantin