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collectiveresistingwomen
Description du blog :
regroupement de féministes militantes d'horizons divers pour un espace de dialogue en construction.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
04.04.2008
Dernière mise à jour :
09.04.2008

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Publié le 09/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
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RW, PARIS, 2008

Intervention d'Asma Lamrabet

Publié le 08/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
Intervention d'Asma Lamrabet
Intervention d’Asma Lamrabet lors du débat organisé par Resisting Women à Paris le 31 janvier 2008

Je voudrais tout d’abord remercier le réseau Resisting Women pour l’organisation de cette rencontre autour de mon dernier livre Le Coran et les femmes : une lecture de libération… Cette invitation, je tiens à le préciser, est une invitation que je ressens comme étant avant tout une invitation au partage… au dialogue… à l’empathie… Valeurs universelles partagées par la grande majorité silencieuse de notre humanité, mais qui sont malheureusement en déperdition actuellement malgré le fait que nous vivons tous dans un monde hypermediatisé et hypermondialisé supposé nous rapprocher humainement parlant, mais qui en réalité ne fait que creuser des abîmes culturels entre les peuples... Je tiens aussi à exprimer ma solidarité à la philosophie qui sous-tend ce mouvement qui se veut avant tout un lieu de rencontre et d’expression de la résistance des femmes à toutes les oppressions et ce, quels que soient leurs natures, leurs origines ou leurs idéologies…

Diverses motivations ont été à l’origine de cet essai sur le Coran et les femmes… La première est celle qui indique d’où je parle… On vient toutes et tous de quelque part, et ce quelque part constitue toujours un point de repère psychologique à partir duquel on s’exprime et qui, une fois extériorisé, permet à l’autre de mieux nous appréhender… Et donc l’intention première, celle qui m’anime en tant que femme et être humain, est avant tout celle d’une ’’quête de sens’’ et d’une émotion profondément spirituelle…

Je ne saurais donc passer sous silence cet ’’état d’âme spirituel’’ qui est devenue la source dont je puise toutes mes forces… mais tout en étant consciente de la vulnérabilité auquel cela peut m’exposer… Je dois donc avouer sincèrement et avec beaucoup d’humilité que sans ce ressourcement, la lutte qui est actuellement la mienne n’aurait plus de sens… C’est donc à partir d’un certain ressourcement au cœur de l’islam que je m’exprime…Celui d’un Islam qui tel que je tente de le comprendre aujourd’hui, tel que je tente de le vivre, spirituellement et humainement parlant aussi, ne saurait être source d’oppression de la femme ni de l’homme, par le simple fait que, et à l’instar des autres révélations monothéistes et de toutes les spiritualités, il a été justement révélé afin de libérer les êtres humains, tous les êtres humains, sans distinction de sexe, de race, ou de classe sociale, de toutes les servitudes quelle que soit leur nature…

Toute lutte, tout combat, naît forcement d’un contexte donné, d’une oppression sous-jacente, d’une passion, d’une prise de conscience, d’une exigence de justice…La mienne s’articule autour de toutes ces dimensions tout en étant celle d’une croyante qui est convaincue de la complexité certes, mais aussi de l’insondable présence d’une justice divine… Cependant, ce positionnement de croyante qui est le mien me force à accepter et respecter tous les autres choix, toutes les autres luttes, que leur dimension soit purement humaniste, athée ou agnostique, qu’importe, puisque l’univers de la spiritualité est justement le lieu infini de toutes les diversités et de toutes les libertés de choix…

L’autre motivation, et qui peut paraître liée à la première, est celle de ma particularité de femme maghrébine, qui, à l’instar des autres femmes de cette région, est celle d’une culture hybride, à la fois musulmane, maghrébine, occidentale… source à la fois d’une richesse culturelle intarissable mais aussi et si souvent source de conflits et de crises identitaires difficiles à dépasser, surtout de nos jours où la stigmatisation de l’autre est devenue une force politique de domination extrêmement puissante… C’est pour cela sans doute qu’en rencontrant quelques-unes de ces femmes françaises et d’origine maghrébine, ici même à Paris, nous avons de part et d’autre partagé les mêmes sentiments, ressenti les mêmes douleurs et rêver ensemble d’un monde meilleur, celui où… vivre une spiritualité musulmane féminine serait un peu moins difficile, voire un peu moins douloureux… Je me suis un peu retrouvée dans le désarroi culturel de ces jeunes femmes en France, car elles étaient un peu le prolongement et le miroir des femmes maghrébines du pays et, personnellement parlant, d’un certain vécu qui est le mien…

C’est donc en assumant quelque part l’héritage de cette pluralité culturelle et identitaire que j’essaye aujourd’hui de porter un regard critique sur finalement ces deux cultures, l’une musulmane et l’autre occidentale, chose qui n’aurait pas été facile si j’étais restée enracinée dans une seule.

Et c’est donc de ce vécu qu’il s’agit, le mien et de beaucoup de ces femmes, qui ont été éduquées à vivre l’islam comme une tradition contraignante, tout en subissant en même temps les bienfaits et les méfaits d’une modernité très attrayante par ses slogans de liberté et d’émancipation… Le choix pour beaucoup de musulmanes serait facile à première vue, mais il reste très difficile pour la majorité d’entre elles, celles qui aspirent justement à vivre un équilibre émotionnel entre leur aspiration à une spiritualité sereine et leur aspiration légitime à s’émanciper et à rester libres. C’est tout le dilemme du sens de la modernité aujourd’hui et il n’est pas étonnant de retrouver la question de la femme musulmane au cœur du débat sur la modernité dans la majorité des sociétés musulmanes.

Et c’est dans ce cadre là, celui du débat actuel sur la femme en islam, que cet essai veut contribuer modestement… Il s’agit donc d’abord et avant tout d’une tentative de réappropriation culturelle de la parole féminine en islam, une tentative de libération de l’intérieur de l’islam, mais qui en même temps se veut en rupture avec le modèle traditionaliste et conservateur d’une certaine lecture de l’islam.

Il faudrait que l’on refuse de rester dans ces schémas binaires et réducteurs qui font que la femme musulmane devrait choisir entre une certaine vision rigoriste et littéraliste de l’islam et donc l’enfermement, et une modernité supposée n’appartenir qu’à une vision ethnocentrique de l’Occident... Le seul choix possible et imaginable reste finalement celui qui nous « somme » en quelque sorte, en tant que musulmanes, de rompre avec nos racines et notre passé afin d’accéder à une véritable émancipation…

Or, la modernité n’est pas de rompre avec le passé mais plutôt de rehausser notre rapport à ce passé… Il ne s’agit pas non plus de s’y enfermer dans une lecture passéiste d’idéalisation… Mais de le relire avec cohérence et réalisme car justement c’est en son nom que l’on a voulu – et que l’on veut toujours - nous imposer une culture d’asservissement de la femme au nom du sacré… On a trop longtemps justement utilisé ce passé et notre ignorance sur ce qu’il a vraiment été afin de justifier toutes les discriminations et toutes les coutumes archaïques envers les femmes musulmanes.

Mais avant d’aller plus loin dans ce propos je voudrais quand même tenter d’éclaircir quelques points :

Quoique le statut des musulmanes est assez déplorable en terre d’islam, il faudrait à ce sujet savoir relativiser les faits et reconnaître les avancées qu’ont connues certains pays musulmans par rapport à d’autres… Car prétendre, comme il est devenu actuellement admis dans le métadiscours sur l’islam, que la femme musulmane est l’icône culturelle universelle de l’oppression, que son statut social est le même partout et qu’il détient la palme d’or de la précarité, c’est méconnaître profondément, d’abord, la réalité de la situation des femmes à travers le monde et puis ignorer ou refuser de voir les différents contextes socio-économiques de chaque pays musulman et, dirais-je, de chaque culture. Car s’il reste vrai que l’islam est UNE question culte et dogmatique, il est multiculturel, et peut être complètement différent dans le vécu socioculturel d’une contrée à l’autre… Le statut de la femme en Afghanistan n’est pas celui de la Tunisienne, et la Marocaine n’est pas la Saoudienne ni la Malaisienne ou l’Indonésienne…
On ne saurait donc cautionner ce genre de discours essentialiste à connotation fortement colonialiste et aux relents orientalistes, où comme l’ont souligné certaines féministes françaises comme Christine Delphy, sexisme et racisme s’imbriquent de façon insidieuse. C’est malheureusement ce genre de discours qui, tout en stigmatisant l’oppression de l’Autre au vu sa différence culturelle (discours dénoncé par les féministes postcoloniales), impose une sorte d’hégémonie intellectuelle et s’accapare le monopole de l’universalité. L’oppression des femmes est universelle et chaque contexte sociopolitique et géographique est caractérisé par ses propres rapports de domination : cela va de la violence physique à la discrimination économique et politique, en passant par l’énorme industrie de l’exploitation sexuelle (qui ceci dit est passée souvent sous silence), à l’avortement sélectif des petites filles asiatiques (90 M de femmes manquantes en Asie) et jusqu’à la traite des blanches en plein cœur de l’Europe… Devant ces constats effroyables, vouloir stigmatiser ou hiérarchiser les oppressions est franchement intolérable car cela implique que certaines oppressions sont moins acceptables que d’autres du simple fait de leur appartenance culturelle… La violence envers les femmes aux Etats-Unis d’Amérique n’est pas analysée comme un fait culturel, encore moins est-elle racialisée, mais elle y est analysée comme un fait pathologique que l’on se doit de traiter rationnellement, alors que le meurtre des femmes au Mexique, dans cette ville devenue la capitale du féminicide - Ciudad Juarez-, serait inhérent à la culture mexicaine dévalorisée car moins civilisée. Et suivant la même logique, l’assassinat de ces femmes mexicaines sera évidemment moins médiatisé que la lapidation d’une musulmane car cette dernière est devenue un véritable étendard politique qui sert de « faire valoir » au discours hégémonique occidental. Il ne s’agit pas ici de diaboliser tout l’Occident et de le considérer comme ce bloc monolithique qui n’aurait d’autre objectif que de dénigrer l’islam à travers le déferlement de critiques médiatisées jour et nuit… La critique est dirigée envers un système hégémonique combattu par de nombreux occidentaux eux-mêmes car il est contraire aux principes d’éthique et de respect de l’Autre sur lesquelles s’est consolidé la démocratie en Occident.
Et dans le même sens, il ne faudrait pas tomber dans l’autre excès, à savoir celui qui, au nom de la préservation des différences culturalistes, cautionne les pires discriminations envers les femmes comme le fait un certain discours islamique malheureusement en expansion dans les pays arabomusulmans, lequel utilise « l’alibi religieux » pour justifier les restrictions apportées aux droits de femmes et l’utiliser ainsi comme principal garde-fou devant toute tentative de réforme.

C’est donc loin de ces deux visions, qu’il faudrait considérer une voie alternative qui privilégie la convergence intellectuelle et l’approche réaliste de la complexité de la problématique de la femme en islam. D’abord il serait utile de rappeler que le contentieux entre les femmes et religions- toutes les religions- est vieux et universellement connu et qu’aucune n’échapperait à la règle. Dans chaque configuration religieuse, il y a des arguments qui justifient l’exclusion et ou la discrimination des femmes, et aucune lecture religieuse n’est exempte de cette universelle prévalence de l’homme sur la femme ni de la récurrence des préjugés sexistes avec leur lot de stéréotypes et de réflexes misogynes bien ancrés dans les mentalités, et cela y compris dans les sociétés dites "sorties du religieux"…

À l’instar, donc, de ce qui s’est passé ailleurs, il existe dans l’islam un décalage évident et profond entre le message spirituel et la réalité sociale d’une part, et le discours islamique prédominant d’autre part. Pour celui ou celle qui fait une lecture profonde et holistique des textes scripturaires de l’islam, il est aisé de retrouver un message clair et net quant à l’égalité femmes –hommes, quant à l’initiative originale du Coran d’ériger des modèles de femmes d’abord en tant qu’être humain à part entière, de femmes en tant que telles et non pas en tant que modèles enfermés dans des fonctions sociales uniquement de relais… On y retrouve aussi des exemples de femmes dont le modèle de gouvernance est mis en exergue pour sa sagesse, sa lucidité et son esprit d’initiative. Des femmes comme « gardiennes du monothéisme » et symboles du sacrifice, de la lutte contre les despotismes et de la libération (exemple de Hajjar et du pèlerinage qui est l’un des cultes les plus importants en islam, qui se fait en souvenir de cette femme et pour commémorer son histoire). Des femmes comme Maryam ou Marie qui symbolise le mysticisme musulman dans toute sa splendeur et qui selon le Coran prend place dans ce Mihrab – niche haut lieu des maisons de Dieu- réservé normalement aux seuls hommes prêtres…

On retrouve aussi dans le Coran des réponses à des revendications féminines très courageuses pour l’époque et qui, croyez-moi, seraient impensables aujourd’hui… Des revendications de femmes qui critiquaient le ton un peu trop masculin du Coran et auquel la révélation répond sans hésitation par des versets qui tiennent compte du féminin… Or, actuellement, toute approche critique des interprétations est considérée comme illicite et cette culture de l’esprit critique dans la pensée islamique a d’ailleurs disparu depuis bien longtemps…

Sans parler des versets qui incitent les femmes à la participation politique et sociale, et l’insistance du prophète de l’islam à faire participer les femmes dans toutes les actions et les différentes alliances de l’époque.

Il les incitait à être présentes dans les mosquées considérées alors comme un important centre sociopolitique de l’époque, aux côtés des hommes et non pas séparées ou reléguées dans… des petits recoins, obscurs et surtout à l’abri des hommes, comme on le voit actuellement dans les mosquées dites modernes…

Et que dire de cette incitation au savoir, à l’érudition et à l’éducation qui est une obligation de cette religion, obligation autant pour les femmes que pour les hommes, et qui contraste aujourd’hui avec le taux élevé de femmes musulmanes analphabètes dans le monde.

Alors que s’est-il donc passé pour que la réalité de la femme en islam soit à ce point aujourd’hui en déphasage par rapport aux avancées préconisées par le message ?

Il y aurait plusieurs niveaux de réponses :

D’abord le caractère réfractaire de la mentalité arabe bédouine qui, il ne faut pas l’oublier, se sentait « dépositaire » de ce message puisqu’il était en arabe. Et même si le caractère universel du message est évident, les arabes de l’époque ont, du fait de l’esprit clanique et tribal qui les animait, largement instrumentalisé cette question de la langue arabe afin de cautionner leur prédominance sur tous ceux qui étaient non arabes… Ils étaient devenus les gardiens légitimes du sacré et cela va se percevoir plus tard essentiellement dans la gestion du politique.

Cette marginalisation manifeste des femmes est une dimension politique importante, puisque du fait de leur exclusion, elles ne participeront plus à la production intellectuelle du savoir religieux. Elles ont été considérées par les pouvoirs politiques en place, non habilitées à méditer sur le fait religieux. De ce fait, leurs apports, leurs idées, leur réflexion, leurs voix, leurs intérêts, vont êtres absents de la pensée islamique. N’ayant pas participé au processus intellectuel et juridique islamique, qui deviendra le monopole exclusif des hommes, elles vont se retrouver les premières victimes des lois préjudiciables à leur statut de femme.

Quelque temps après la mort du prophète, à partir des Omeyyades, qui ont inauguré la première dynastie autocratique arabe (et depuis nous n’en sommes plus sortis), le pouvoir politique arabe va détourner tout le potentiel libérateur de l’islam, basé essentiellement sur la justice et l’équité. Ce potentiel sera donc dévié en leur faveur à l’aide de certains oulémas au service du pouvoir qui vont mettre en place toute une institution religieuse officielle avec son corollaire de concepts et de principes à relents religieux dont la fameuse « obéissance » obligatoire du musulman au gouvernant qui depuis deviendra comme une obligation religieuse d’ordre divine.

C’est donc l’instrumentalisation du religieux par le politique et de là l’union explosive d’un patriarcat arabe culturellement prédominant avec l’autocratie et son lot d’exactions, qui feront de la femme la première victime, et la victime de choix, des sociétés musulmanes.

Le statut de la femme va donc rester figé selon des normes juridiques élaborées par des juristes musulmans hommes depuis le 9ème siècle , un statut fixé une fois pour toute par la jurisprudence islamique comme étant une donnée immuable.

Le colonialisme en terre d’islam a été le coup de massue porté au sort des femmes puisque, en en voulant se protéger contre l’intrus, le monde arabo-musulman va d’abord enfermer la femme pour la protéger des valeurs apportées par un colonisateur venu entre autres la libérer… La colonisation était perçue comme une intrusion dans l’intimité du colonisé. Or, l’intimité en terre d’islam était essentiellement représentée par la femme qu’il fallait donc à tout prix éloigner de tout ce processus de modernisation apporté par le colonisateur dans ses valises… En colonisant ces peuples musulmans, on a voulu au nom de la liberté, de la civilisation et du progrès, imposer par la force des armes à ces peuples un mode de vie et des valeurs extrinsèques aux cultures locales qui étaient elles-mêmes minées par un profond retard civilisationnel… Les valeurs qui ont forgé la renaissance de l’Occident, avec ses droits de l’homme, ses fondements démocratiques, ses véritables espaces de liberté et qui ont été bénéfiques à ses propres peuples, n’ont pas été perçus de la sorte en terre colonisée puisqu’‘elles restent contradictoires avec la philosophie de la colonisation qui a été une vaste entreprise impérialiste.

Ces valeurs- là donc, comme la laïcité, la démocratie, les droits de la femme, ont encore et jusqu’à présent une forte connotation colonialiste dans l’imaginaire collectif musulman puisque une certaine politique occidentale hégémonique continue d’utiliser les mêmes concepts : l’invasion américaine de l’Irak et de l’Afghanistan au nom de la liberté et de la démocratie est une piètre comédie de l’hypocrisie occidentale et d’un occident donneur de leçon de morale…mais toujours allié incontournable de toutes les dictatures arabes.

Evidemment et concernant cette question de la femme en islam, nous n’allons pas nous cacher derrière un slogan très utilisé et très confortable intellectuellement parlant, qui fait dans le leitmotiv "tout est la faute à la colonisation" ou "tout est la faute de l’Occident"… Loin de là, j’estime humblement que le monde islamique est dans la majorité des cas responsable de ce qui lui arrive…

Et concernant cette problématique particulièrement, et malgré sa forte imbrication avec le politique, il faudrait que les femmes reprennent la parole et revendiquent leurs droits légitimes… La relecture des sources qui fait partie de ce vaste projet de réformisme est en train de prendre forme car elle permet, tout en déconstruisant le discours misogyne, de dénoncer sans ambages de nombreuses affirmations longtemps mises à tort sur le compte de l’islam tel que : les mariages forcées, l’excision, la violence conjugale, la répudiation, l’obéissance au mari, le statut de mineure à vie, la polygamie comme droit supposé de l’homme… Elle permet aussi d’exiger au nom même des références islamiques le droit à la liberté d’expression, le droit à l’éducation, au travail, à l’indépendance matérielle, de rappeler qu’en islam, le voile est un choix spirituel personnel qu’en aucun cas il ne doit être imposé, que le choix du partenaire est un droit inaliénable et que le divorce doit être un droit partagé. Il est vrai que les exigences sont nombreuses et déjà on peut affirmer que rien ni personne n’arrêtera cette évolution même si les progrès sont lents, que les résistances sont énormes et ce principalement de la part des femmes, trop longtemps éduquées à garder le silence et à avaliser les injustices au nom du sacré.

La lecture réformiste concernant la femme en particulier se veut donc avant tout comme un processus de changement éducatif partiel, qui en procédant par étapes inciterait à une revalorisation de l’identité féminine musulmane trop longtemps dépréciée et à la construction d’une nouvelle image positive de la femme musulmane. C’est aussi un moyen d’exprimer des revendications féminines dans un langage qui confère aux femmes une certaine légitimité : celle du langage spirituel, longtemps seul apanage d’une élite savante exclusivement masculine.

Il est cependant important de noter que ce travail ne peut se faire qu’en respectant les dynamiques internes transversales aux sociétés musulmanes et dont l’islam en tant que religion est une donnée incontournable. D’ailleurs, toutes les tentatives de réforme quant au statut de la femme musulmane entreprises dans de nombreux pays n’ont pas réussi jusqu’à présent à instaurer une véritable dynamique d’égalité en droits car elles ont généralement fait l’impasse sur ce qui constitue le véritable traitement de fond, à savoir une réforme radicale de la jurisprudence islamique.

Les femmes musulmanes sont au cœur de tout ce processus de transition vers la modernité. Et leur oppression, même si elle n’est pas inhérente au message spirituel, est fortement intrinsèque à une lecture culturelle misogyne de cette même religion, où finalement se sont imbriqués un grand nombre de paramètres dont l’autocratie, le patriarcat et le néocolonialisme…

Le ressourcement dans une spiritualité libératrice est important dans des sociétés où le religieux est un référentiel fondamental, mais la question qui reste à poser est : Comment peut-on relire les sources et y retrouver cet élan de libération dans des sociétés qui restent dans leur majorité fortement oppressives politiquement parlant ? Il faudrait donc que la revendication féminine qui s’inscrit au cœur de l’islam et qui vise à réactualiser l’égalité et l’équité entre hommes et femmes s’articule aussi autour des argumentaires des droits humains et du discours démocratique universel. Ces projets de réforme n’auront aucune chance de réussite s’il n’y a pas de lutte pour plus d’espace de liberté et de démocratie dans les sociétés musulmanes, toutes plus ou moins verrouillées par des régimes autoritaires… C’est donc dans ce processus politique que se retrouve la question de la femme musulmane et non pas seulement dans sa dimension strictement religieuse…

L’oppression des femmes musulmanes, c’est aussi celle des femmes dans la mondialisation. Et au Nord comme au Sud, ce sont finalement les mêmes luttes qui se font et qui se défont, et ce malgré les différences culturelles et les rapports de domination particuliers à chaque contexte… Chaque mouvement social féminin, de là où il vient, de là où il parle, a sa manière particulière de lutter… A partir de son histoire, de ses références, il a ses propres défis, ses propres stratégies, ses priorités, ses contraintes et ses espérances …Et c’est tout en apprenant les unes des autres, des défaites des unes et des avancées des autres que l’on arrivera tous et toutes, autant que nous sommes, occidentales, musulmanes, du Nord ou du Sud, à transcender nos particularismes afin de rejoindre l’universalité de nos causes…

Asma Lamrabet, texte de l’intervention faite le 31 janvier 2008 à Paris lors du débat organisé par le collectif Resisting Women-Femmes en Résistance

Soutien à Natacha Kandic

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
Natacha Kandic, Directrice de l’organisation serbe de défense des droits de l’homme Humanitarian Law Center (HLC) est aujourd’hui menacée de mort à Belgrade. Son nom a été conspué par les manifestants qui protestaient contre l’indépendance du Kosovo et le quotidien Novosti l’a attaqué dans un article sur "Natacha, la femme qui n’existe pas", lourd de menace.

Pendant toute la période de dislocation de la Yougoslavie Natacha Kandic n’a cessé de dénoncer les violations des droits et les crimes perpétrés par les nationalistes de tout bord et, en tant que Serbe, à faire connaitre et à condamner les crimes commis par les forces officielles ou officieuses « au nom de la Serbie », en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et aussi, ce qui était moins fréquent à Belgrade, au Kosovo. Après la chute de Milosevic, Natacha Kandic et son organisation HLC, ont combattu pour le respect des droits humains en Serbie et pour contribuer à la connaissance des faits, à la compréhension des causes, et à la dénonciation des responsabilités, des crimes contre l’humanité commis durant les guerres post-yougoslaves.

Au cours de ses multiples activités pour la paix et la défense des droits, Natacha Kandic a participé à plusieurs initiatives de notre réseau international Helsinki Citizens’ Assembly (HCA) ainsi qu’à des actions organisées par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) ou le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

Natacha Kandic a reçu en 1999 le prix Martin Ennals, attribué à un défenseur des droits de l’homme par Amnesty International, Defence for Children, German Diakona, Human Rights Watch, International Alert, la Commission internationale des juristes, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme(FIDH), l’Organisation mondiale contre la torture, etc.

L’action passée et présente de Natacha Kandic et du HLC ne constituent pas seulement une part de l’honneur de la Serbie, ce sont aussi de précieuses pierres pour contribuer à bâtir la paix et à la réconciliation entre les peuples de la Yougoslavie et tout particulièrement les Albanais et les Serbes. C’est cela que les ultranationalistes et les héritiers de Milosevic veulent effacer.

Assemblée européenne des Citoyens (Helsinki Citizens’ Assembly France) & Collectif Resisting Women, Paris, 24 février 2008

24 Novembre 2007, Paris-Iraniennes

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
24 Novembre 2007, Paris-Iraniennes
Le 24 novembre 2007 à 15H au CICP, 21ter rue Voltaire à Paris, Resisting Women est à l’initiative d’une réunion d’information et de soutien à la Campagne féministe iranienne Un Million de Signatures, avec le partenariat du Centre d’études et d’initiatives de Solidarité internationale (Cedetim) et l’union syndicale Solidaires. Invitation détaillée et infos dans notre rubrique spéciale...

Avec la campagne « Un Million de Signatures », apparaît sur la scène iranienne une nouvelle génération de militantes des droits des femmes. En 2006, les féministes qui ont décidé de cette campagne avaient en tête de modifier une série de lois discriminatoires contre les femmes. Mais ces jeunes féministes ne se sont pas contentées de collecter des signatures : faisant du porte-à-porte, ciblant notamment les classes populaires, elles ont prétexté leur quête de signatures pour discuter avec les femmes et les hommes rencontrés des questions relatives à la législation discriminatoire en vigueur. Agées de 30 à 40 ans maximum, la majorité des femmes actives dans la campagne ont grandi sous la République islamique. Elles proviennent de couches sociales et culturelles très diverses et reflètent un spectre d’opinions variées, du féminisme libéral au féminisme radical en passant par le féminisme islamique. Elles sont en train de donner naissance à un mouvement social très profond, ayant ses racines dans l’histoire iranienne des trente dernières années, et qui participe pleinement au débat politique en Iran. Malgré la répression à leur égard, ensemble avec les étudiants et les ouvriers en lutte, elles s’inscrivent dans un mouvement social iranien plus vaste dont elles constituent un noyau.

Resisting Women-Femmes en Résistance, mouvement créé en janvier 2007 au Forum Social Mondial de Nairobi au Kenya, informe régulièrement sur la Campagne Un Million de Signatures. Plus que jamais, alors que les discours guerriers emplissent nos journaux à propos de l’Iran, il nous importe en effet de confronter nos analyses sur les mouvements sociaux qui de toutes parts travaillent le monde de manière complexe, et au cœur desquels la double question féminine et féministe joue un rôle central. Nous vous convions donc à une séance d’information et de solidarité autour de la Campagne, intervenantes et documents à l’appui.

Le samedi 24 novembre 2007 de 15H à 17H30 au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris 11e, Métro Nation ou Rue des Boulets.

Rubrique dédiée à la Campagne iranienne sur le site RessitingWomen.Net issu du "Resisting Women Project" de Nairobi janvier 2007 : www.resistingwomen.net/spip.php ?rubrique15

2 Mai 2007, Paris-Algériennes

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
 2 Mai 2007, Paris-Algériennes
La société algérienne, et particulièrement les femmes algériennes, s’organise hors du champ défini et manipulé du régime policier. "Resisting Women - Femmes en Résistance" avait organisé une rencontre d’amitié et de soutien avec des militantes de la Coordination des Femmes syndicalistes d’Algérie, le 2 mai 2007 à Paris.

Le cas du comité Femmes du Snapap est exemplaire d’un travail syndicaliste féministe autonome algérien, à la fois en prise avec la question des libertés syndicales et d’un travail sans concession sur les questions liées à la situation sociale des femmes et des violences les concernant. Ce comité s’inscrit dans le cadre d’une société algérienne qui, malgré les difficultés, les manipulations et la répression, continue ainsi de s’inventer des voies pour s’organiser hors du champ défini par le régime policier... Car le syndicalisme autonome dans lequel s’inscrit ce comité femmes est bel et bien un de ces espaces de liberté qui résiste. Et le SNAPAP plus particulièrement dont il relève, a une capacité de mobilisation enracinée dans la population. Pour Ghazi Hidouci, observateur attentif et respecté de l’Algérie (Cedetim, France), « le syndicalisme autonome algérien, pour des raisons liées à la censure de l’activité politique, est le seul mouvement portant aujourd’hui la capacité politique majoritaire qui existe hors du champ du pouvoir ».

Progrès de syndicalisation des femmes

Le comité de femmes a été créé par le Snapap en 2002, lorsque ce syndicat autonome a adhéré à l’Internationale des services publics (ISP). Le comité s’est fixé pour but d’étendre et de faire respecter les droits des femmes travailleuses mais aussi d’assurer la place des femmes dans le syndicat. La présence à Paris des militantes de la Coordination des Femmes syndicalistes d’Algérie liées au SNAPAP, et du secrétaire général du SNAPAP Rachid Malaoui, en mai 2007, avait donné l’occasion à "Resisting Women - Femmes en Résistance" d’organiser une rencontre d’amitié, d’information et de soutien... Fatma-Zohra Khaled, de la Coordination des Femmes Syndicalistes d’Algérie, avait alors expliqué comment le Comité des femmes syndicalistes d’Algérie se veut plus large que le seul SNAPAP et travaille en lien aux autres syndicats autonomes dont il est proche, et comment il a pour but de contribuer à « la promotion des femmes à tous les niveaux de la vie quotidienne et dans le travail, à la promotion des normes internationales concernant les femmes, le congé maternité par exemple, recensements des besoins des femmes à l’appui, ce qui permet d’organiser des formations utiles pour elles... » Il tenait particulièrement à cœur de la syndicaliste en outre de souligner que « le travail syndicaliste au sein du comité femmes du SNAPAP est un combat qui nous permet de retrouver notre personnalité, très malmenée sous le cumul des contraintes au foyer, au travail et dans le syndicats... à quoi il faut ajouter enfin la tradition. L’accès aux postes de responsabilité syndicales par exemple reste très réduit pour les femmes. Pourtant, elles sont aussi en première ligne, et payent leur tribut à la répression syndicale, partagent la misère syndicale au quotidien : femmes syndicalistes emprisonnées, suspensions abusives, radiations de la fonction publique... »

Jusqu’à la mise en place du Comité, rappelle une note de synthèse antérieure de l'union syndicale Solidaires, les travailleuses de la fonction publique - aussi nombreuses que les hommes - étaient peu syndiquées en Algérie : « le comité national a donc décidé de faire de la syndicalisation des femmes l’une de ses priorités, afin d’intégrer les questions femmes dans l’activité quotidienne des syndicats et de permettre aux travailleuses d’y militer. Des comités femmes ont été créés au niveau régional mais surtout local, c’est-à-dire dans chacune des 48 wilayas (départements). L’intérêt de ces comités locaux est qu’ils sont ouverts aux non-adhérentes. Leur rôle est comparable à celui d’une section syndicale. C’est par leur biais que le Snapap a réussi en quelques années à augmenter le nombre de syndiquées et le Snapap compte aujourd’hui treize femmes au Bureau national des femmes travailleuses du syndicat ». Pourtant, a nuancé Khatun, du Comité Femmes, par ailleurs médecin en centre de santé, lors de la réunion à Paris en mai 2007, « s’il y a de nombreuses femmes syndicalistes dans toutes les fédérations, elles sont encore absentes de la direction même du SNAPAP, hormis la secrétaire générale, qui est une femme. Tous les secrétaires de fédérations en effet sont des hommes, à une exception près. Un objectif fixé par le SNAPAP est d’atteindre 50% de femmes à la direction, mais on en est loin encore... »

En 2006, le comité femmes a organisé des séminaires régionaux et des formations ouvertes aux militantes femmes du Snapap, à différents niveaux, portant sur la violence contre les femmes, l’enfance et la violence, le harcèlement dans l’administration, la presse, la femme et le syndicalisme, la communication par et pour les femmes, la négociation, la médiation et l’arbitrage, la collecte d’information et la conduite des projets, les textes de lois, les éléments pour l’analyse des conflits. Autant thèmes qui ont été élaborés suite à un questionnaire auprès des femmes sur leurs besoins et leurs attentes.

Harcèlement et violences sociales

La violence est ainsi un thème central sur lequel planche le Comité ces dernières années. Concernant le harcèlement, Khatun témoignait avec pudeur et précision le 2 mai 2007 à Paris : « dans le domaine de la santé où j’exerce, comme dans le reste du monde du travail en Algérie, la femme est une travailleuse harcelée. J’en ai été personnellement victime. Ce harcèlement produit un malaise difficile à gérer pour la femme. Lorsqu’il y a dépôts de plainte par des femmes pour harcèlement sexuel sur leur lieu de travail, par exemple dans la fonction publique, l’affaire en général est étouffée, et la femme est transférée sur un autre site. En outre, le harcèlement sexuel reste un sujet tabou le plus souvent. La femme qui en est victime n’ose pas même en parler chez elle car alors une réponse fréquente qui lui est faite par son entourage est : reste à la maison, ne travaille plus. Elle se retrouve face à un dilemme difficile et ne sait comment préserver sa liberté. Les très jeunes femmes, notamment celles en emplois précaires soumis à décision de renouvellement, sont particulièrement fragiles face à cette situation. Plus spécifiquement, l’activité syndicaliste est en outre mal vue pour les femmes. Leurs entourages familiaux y sont souvent hostiles, éventuellement sous la pression du voisinage : pour qui elle se prend, elle veut changer le monde ! »

La question sociale, sous divers aspects, est également omniprésente, avec ses caractéristiques propres à la femme... et à la situation algérienne. Khatun raconte comment, sur le lieu du travail, les femmes sont éventuellement cantonnées à des tâches ménagères alors qu’elles sont affectées officiellement à des postes administratifs (les hommes, eux, se retrouvent assignés parfois ainsi de même à des tâches de « gardiennage »). « Surtout, les femmes algériennes s’appauvrissent de plus en plus à mesure que baisse le pouvoir d’achat en Algérie. Les femmes en difficulté financière n’ont jamais vraiment été aidées, si ce n’est ponctuellement par des associations. Le cas des femmes divorcées est particulièrement dur. Les suicides de femmes sont en augmentation, également la prostitution pour cause de pauvreté. C’est une des raisons majeures pour lesquelles les femmes entrent à leur tour dans l’aventure de l’immigration clandestine, bravant la mer et la noyade... Alors que nous vivons dans un pays doté de grandes richesses !!! »

Dans leur travail entre femmes pour les femmes, les syndicalistes du Comité sont soutenues par le reste du syndicat, comme en témoignait Rachid MALAOUI, président du SNAPAP, lors de la rencontre de mai 2007 : « le comité des femmes a vocation à soulever des problèmes comme celui du harcèlement au nom du SNAPAP entier. Il fait de l’égalité de traitement au travail le thème central de ses mobilisations. La Coordination femmes est un observatoire des discriminations de toute nature, à l’embauche et au travail. Nous soutenons collectivement les femmes en conflit avec l’employeur. Cependant la situation est difficile par manque de moyens, notamment pour le dialogue, la communication et l’information des gens... »

Bien sûr, le syndicat « officiel » UGTA (Union Générale des Travailleurs algériens) dispose aussi d’un comité femmes, mais sur de nombreux sujets ‘il n’y a pas de problème’, l’affichage, selon le Comité Femmes du SNAPAP, étant d’abord celui « d’une démocratie de façade, pour une femme alibi, avec des moyens importants pour circuler à l’étranger et relayer la propagande officielle, etc. »

Les tracasseries lourdes dont le SNAPAP est victime de la part du pouvoir algérien, en attendant, restent multiples : arrestations, suspensions de la fonction publique suite à une grève de la faim menée en 2002-2003 pour protester contre la fermeture du SNAPAP par le préfet d’Oran (pour réintégration des grévistes finalement trois ans plus tard, mais sans être payés durant la période)... De même, il existe une interdiction légale d’élargissement d’un syndicat à la globalité des travailleurs. Cela entrave l’expansion du SNAPAP, cantonné à la seule fonction publique. De la même manière, une confédération des syndicats autonomes est interdite par la loi. Le SNAPAP a déposé plainte contre l’Etat sur ce point. Une Maison des syndicats (autonomes) et des droits humains en projet, soutenue par les syndicats amis étrangers, permettra peut-être de lever dans une prochaine période de nombreuses contraintes de moyens pour travailler mieux. Elle aura surtout l’avantage d’être, du fait des apports extérieurs, moins facilement fermée par le pouvoir que le sont les locaux aujourd’hui...

Karine Gantin

9/3/7 Sénat : Femmes réfugiées

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
9/3/7 Sénat : Femmes réfugiées
Les femmes comptent parmi les premières victimes des conflits. Resisting Women – Femmes en Résistance était coorganisatrice d’un colloque riche d’enseignements, lancé ensemble avec la sénatrice Alima Boumedienne-Thiery à l’occasion de la Journée mondiale des femmes 2007, sur le thème des femmes réfugiées victimes de conflits. Retour sur l'évènement par Karine Gantin, qui représentait Resisting Women au colloque.

Les femmes comptent parmi les premières victimes des conflits. Le collectif Resisting Women – Femmes en Résistance était coorganisatrice d’un colloque riche d’enseignements, lancé à l’initiative de la sénatrice verte Alima Boumedienne-Thiery à l’occasion de la Journée mondiale des femmes 2007, sur le thème des femmes réfugiées victimes de conflits. Synthèse.

En introduction, la sénatrice Alima Boumedienne a salué les participants et leur a souhaité la bienvenue au Sénat d’un "pays riche épargné "par les violences armées, même si d’autres violences existent, notamment sociales, on parle d’égalité homme/femme en matière de rémunération, de promotion et de représentation politique, d’accès aux mêmes postes à diplôme équivalent, on parle également de violences conjugales, phénomènes plus graves, ou de violences familiales."

Elle a exprimé une "une petite pensée émue pour toutes ces femmes, au Sud bien souvent, qui subissent mille brimades, violences et traumatismes pour avoir voulu défendre leur famille dans un contexte de guerre, ou au quotidien des harcèlements et des tortures pour avoir bravé une dictature ou un pouvoir autoritaire en exprimant une conviction religieuse ou philosophique, ou encore pour avoir refusé une soumission à certaines traditions. Mais ces femmes n’ont pas la vedette dans nos médias. Elles ne constituent bien souvent qu’un arrière plan macabre du tableau de la journée de la femme."

Puis la sénatrice a précisé le thème et l’enjeu du débat :

"j’ai voulu, nous avons voulu, que cette journée du 9 mars leur soit entièrement consacrée, à toutes ces femmes, bien souvent invisibles, qui se retrouvent réfugiées, otages dans des conflits, armées ou non, auxquels la majorité d’entre elles n’a bien souvent pas pris part, otages de la folie des hommes et du bruit de la mitraille, premières victimes des conflits alors qu’innocentes, victimes d’un pouvoir politique autoritaire qui leur interdit toutes expressions. Je me souviens d’un temps, pas si lointain, où certains parlaient de « fin de l’histoire », d’avènement de la démocratie mondiale : avec la chute du mur de Berlin, la démocratie de marché allait s’imposer partout pour le plus grand bonheur des peuples de la planète. Et pourtant ! Depuis la première guerre du Golfe jusqu’à l’Irak d’aujourd’hui, le Liban hier, en passant par l’ex Yougoslavie, la Sierra Léone, la République démocratique du Congo, le Rwanda, Israël et la Palestine, la Tchétchénie, le Timor, etc., des conflits n’ont eu de cesse d’exploser un peu partout sur la planète. Et pire, les caractéristiques de ces conflits ont énormément évolué. Exemple : Il y a un siècle, 90% des morts victimes de la guerre étaient des soldats ou du moins du personnel militaire. Aujourd’hui, dans les conflits actuels, ce sont les pertes de civils qui avoisinent les 90%. Et bien que les conséquences des conflits armés frappent les communautés dans leur ensemble, elles affectent plus particulièrement les femmes et les filles. Pourquoi ces dernières ? Parce que du fait de leur statut social et de leur sexe, la gente féminine constitue un objectif de guerre fondamental, et parfois sert de butins.

En effet, les groupes impliqués dans des situations de conflit pratiquent très souvent le viol des femmes et ont même recours au viol systématique comme tactique de guerre. Le meurtre, l’esclavage sexuel, la grossesse ou la stérilisation forcée constituent également d’autres formes de violence à l’égard des femmes commises dans le contexte de conflits armés ou de crises politiques, civiles ou non.

Mais les femmes ne sont pas simplement des victimes de ces guerres. Elles en assument un rôle clef en essayant d’assurer la survie de leur famille au milieu des troubles et des destructions. Les femmes sont bien souvent particulièrement impliquées dans les mouvements de défense de la paix, au niveau de leur communauté respective. Elles contribuent ainsi un peu partout à être les premiers ambassadeurs au service de la paix, sur le terrain, et à la reconstruction de leur pays. Or elles se retrouvent la plupart du temps absentes ensuite des négociations de paix, que ce soit entre groupes armés lors d’une guerre civile ou entre Etats lors d’une guerre internationale.

Souvent, non seulement les oubliées, elles sont victimes de discriminations au moment de la reconstruction de leur pays (exemple des femmes algériennes qui ont contribué à la guerre d’indépendance et sont devenues victimes d’une code de la famille injustice et iniques). La communauté internationale a bien pris conscience de tout cela. J’en veux pour preuve par exemple les statuts des tribunaux ad hoc créés par le Conseil de sécurité pour juger les crimes commis en ex-Yougoslavie et au Rwanda. Ils considèrent en effet expressément le viol comme un crime contre l’humanité.

La Cour européenne des droits de l’homme a de même statué que les violences sexuelles, les mutilations génitales, le viol,…, constituaient des violations des traités relatifs aux droits de l’homme. Le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée ou la stérilisation forcée sont désormais considérés comme des crimes contre l’humanité. Il n’empêche. Le nombre de conflits armés, contrairement aux prévisions un peu trop optimistes des débuts de la période post Guerre Froide, n’a fait qu’augmenté. Il a ainsi contribué à multiplier le phénomène des déplacements internes forcés et à grossir les vagues de réfugiés.

On estime en effet que les personnes déplacées sont, dans plus de 75 % des cas, des femmes et des enfants. Ce chiffre peut atteindre les 90 % pour certaines populations de réfugiés, et les abus dont les femmes et les filles souffrent dans ces conflits armés peuvent être le viol, l’esclavage sexuel ou encore la prostitution forcée.

Les femmes réfugiées sont très exposées à la violence et à l’exploitation au coeur des troubles. Or elles le restent également bien souvent dans les pays d’asile ou lorsqu’elles sont rapatriées. Dépouillées de la protection de leur maison, de leur gouvernement et souvent de leur structure familiale, les femmes sont particulièrement vulnérables. Elles font face à l’exil, au harcèlement, à l’indifférence et aux fréquents abus sexuels, même après avoir rejoint un endroit sûr en apparence.

Tout en vivant cela, elles doivent rester des mères, des enseignantes, des compagnes attentives, des sœurs ou des épouses, bref souvent le dernier rempart de protection de la cellule familiale face aux tempêtes extérieures, et le lien de retransmission identitaire.

Malgré ce constat, on s’aperçoit bien vite que dans les recherches sur les réfugiées et sur l’asile politique, il y a peu de travaux consacrés aux femmes réfugiées, de recherches abordant les questions de l’exil et de l’asile sous un angle lié au genre. Les politiques et les législations du droit d’asile sont en effet, en théorie, neutres du point de vue du genre. Pourtant, les effets concrets de ces politiques ont eu un impact particulier sur les femmes réfugiées et demandeuses d’asile, en accentuant souvent leur dépendance et leur vulnérabilité.

Mais le réfugié est souvent vu comme étant un homme.

En effet, les activités des femmes ne sont pas reconnues comme étant des activités « politiques » au même titre que celles des hommes. De même les persécutions subies par les femmes en tant que femmes, comme les mariages forcés ou les mutilations génitales, sont affectées d’une illégitimité dans l’espace du droit et de la politique de l’asile. Les progrès très limités dans la reconnaissance des différentes formes de persécutions dont sont victimes les femmes sont de plus progressivement mis à mal en Europe et dans le monde « occidental » par les tentatives des gouvernements de réduire le nombre des demandeurs d’asile auxquels ils attribuent le statut de réfugié.

Face à la volonté des Etats de « rejeter » la majorité des demandes d’asile, il devient encore plus difficile pour les femmes de faire valoir les persécutions dont elles ont été victimes. L’introduction de nouvelles formes de contrôle à la fois externes et internes fait que les femmes demandeuses d’asile sont devenues encore plus vulnérables. C’est le cas par exemple en France avec la réforme du CESEDA engagée par Sarkozy l’année dernière.

Et pourtant, pourtant il faut souligner sans cesse le rôle fondamental des femmes comme agent de prévention des guerres et de construction de la paix, comme facteur de protection de la famille.

Mais je vais m’arrêter là pour laisser les personnes les plus concernées, ces femmes réfugiées victimes des conflits, larvés ou explicites, prendre la parole pour nous exposer leur parcours, leur point de vue et la façon dont elles envisagent leur avenir."

Les différents intervenants ont ensuite développé leurs approches :

Marie-Ange Lescure, Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), a décrit le parcours des réfugiées... En contexte de conflit, a-t-elle exposé, les jeunes filles et les femmes subissent des violences spécifiques. Nombre d’entre elles entreprennent alors le chemin de l’exil, qui est très dur, parfois aussi très long. Ce chemin, elles le font souvent seules : le mari est absent, car il est au combat, ou bien déjà en exil, ou encore emprisonné, ou bien mort... Elles sont alors souvent en compagnie aussi de parents ou d’enfants dont elles doivent assurer la protection physique. Quand elles arrivent dans des camps de réfugiés, leur sécurité n’est pas pour autant garantie. Souvent notamment, elles doivent s’éloigner loin du camp pour chercher de l’eau ou du bois et courent alors le risque d’être agressées.

Enfin, quand la sécurité à l’arrivée, dans le pays d’accueil ou le camp de réfugiés, leur permet peu à peu de se reconstruire, il est question déjà de leur rapatriement. Et tout cela, elles doivent le gérer seules, sans partage de responsabilité ni soutien d’un mari.

Marie-Ange Lescure a décrit ensuite certains aspects du fonctionnement du HCR dans les camps de réfugiés, les comités paritaires mis en place avec les réfugiés pour la gestion des camps, les formations mises en place pour rendre autonomes les femmes exilées et les mettre ainsi en capacité de faire face lors du retour dans le pays d’origine, par exemple pour les Burundaises en Tanzanie, où des formations d’électriciennes ont été envisagées… Marie-Ange Lescure s’est appuyée aussi sur l’exemple du Kenya et du complexe de trois camps de réfugiés installé là-bas par le HCR, essentiellement à destination des Somaliens, et où des activités sportives y sont organisées. Or, celles-ci sont moins accessibles aux femmes pour des raisons culturelles. Des efforts ont donc été faits afin de leur permettre d’y participer, grâce à des négociations avec les familles et les communautés, sur les modalités, avec adaptations multiples… « Rien d’extraordinaire », a-t-elle conclu, « mais des choses positives ».

Madame Lescure a enfin évoqué le « grand défi » pour le HCR que représente l’accès effectif aux personnes déplacées en contexte de conflit : il faut réussir à forcer les frontières d’un pays pour atteindre les personnes. Elle a conclu en rappelant « toutes celles qui n’arriveront jamais à franchir une frontière et qui ne bénéficieront jamais d’une assistance, il ne pas les oublier, il faut avoir une pensée pour elle », déplorant l’incapacité des organisations humanitaires à les rejoindre.

Hélène Isnard, également du HCR, a ensuite décrit le processus en France de l’éligibilité au statut de réfugiés devant l’OFPRA et la Commission des Recours, et la typologie des demandes. Elle a notamment évoqué les victimes de la violence domestique qui invoquent celle-ci pour demander l’asile : c’est une demande émergente qui concernerait un quart des femmes demandeuses d’asile. Elle rappelle le cas de 20 000 Bosniaques musulmanes violées pendant le conflit des Balkans, puis la grande majorité des survivantes au conflit rwandais. Les chiffres sont effarants : un quart des femmes dans le monde ont été violées, 40% d’entre elles avaient alors moins de 16 ans. Les violences contre les femmes sexuelles et sexistes est un sujet dont le HCR a conscience depuis longtemps, a ajouté Hélène Isnard.

Puis elle s’en est pris au poncif selon lequel le droit d’asile en France serait mort. C’est un constat sévère, a-t-elle nuancé ! « Le droit d’asile existe et il est en constante progression, notamment en ce qui touche l’aspect des violences faites aux femmes ». Madame Isnard trouve en outre positif le fait que le HCR soit présent à la commission des recours depuis 1952 par le biais d’un juge assesseur, lequel y dispose d’une voix délibérative. Cette éligibilité en appel d’un représentant du HCR est une spécificité française : nulle part ailleurs le HCR n’est ainsi présent.

Les violences faites aux femmes éventuellement prises en compte lors des procédures d’accord du droit d’asile sont de plusieurs ordres : mutilations génitales féminines (selon les communautés d’origine, pour leur risque ou leur effet), traite (trafic d’organes, prostitution, notamment de République dominicaines), crimes d’honneur (Inde…), homosexualité (Mauritanie, Iran, Mongolie, Sierra Leone…), esclavage moderne, mariages forcés. Les mutilations génitales sont reconnues ou non selon les communautés d’origine des demandeuses d’asile. Concernant les mariages forcés : des femmes ont été reconnues comme réfugiées par la France suite à des menaces de mariage forcé au Pakistan, en Guinée, au Sénégal, en Serbie Montenegro, en Turquie Kurdistan… Il existe aussi le cas des mariages non suivis de reconnaissance familiale : Roumanie, Turquie… Par ailleurs, des personnes albinos en provenance de certains pays ont été reconnues comme réfugiées par la France.

Les violences domestiques ne sont pas reconnues à ce jour. La traite, le travail forcé et le trafic d’organes ne sont pas catalogués dans la Convention de Genève mais le sont en revanche par le statut de la protection subsidiaire.

Un enjeu aujourd’hui est de travailler à l’harmonisation de la jurisprudence, notamment celle en faveur des femmes, a conclu Madame Isnard.

Olivier Brachet, du Forum des réfugiés, a dressé un sombre et mémorable portrait de la situation :

« Ce sujet me met mal à l’aise : on a conscience de son amplitude, on le décrit assez complètement, mais sur le plan pratique sa prise en compte reste difficile. Bien sûr on a des données, des informations, des statistiques insuffisantes, mais on a les moyens pourtant d’avoir une saisie assez juste du problème. Pourtant, on décrit mieux qu’on ne fait… Il n’est pas monté un seul programme spécifique en direction des femmes réfugiées.

Par ailleurs, on dispose d’insuffisamment de données quant aux violences faites aux femmes sur la route de l’exil, alors que c’est souvent ce qui ressort en premier dans les récits des réfugiées à leur arrivée. Car les itinéraires suivis par les femmes sont dangereux ! En outre il leur faut financer à chaque étape le morceau de parcours suivant, ce qui donne lieu pour partie d’entre elles à prostitution. Puis cet aspect du voyage d’exil se dissout peu à peu après l’arrivée dans le pays d’accueil, il se dissout dans la nécessité de produire un récit centré exclusivement sur les violences subies dans les pays d’origine afin d’alimenter le dossier de demande d’asile...

Suite à un conflit, beaucoup moins de femmes arrivent chez nous en France que dans les camps de réfugiés à proximité du pays d’origine. Cela amoindrit sans doute notre capacité d’attention à ce qui se passe là-bas. En outre les femmes plus que les hommes meurent des persécutions, c’est aussi une des raisons pour lesquelles elles n’arrivent pas jusqu’ici.

Femmes réfugiées, réfugiées et femmes. Conditions additionnées... La condition des femmes dans le monde est une difficulté en soi. On retombe dans un ensemble général sur les difficultés, difficultés bien connues, une femme… on s’y dilue. Notre difficulté est de savoir faire ressortir, si on le veut bien, les motifs de persécution spécifiques aux femmes réfugiées qui s’ajoutent, en tant que tels, aux violences dont les femmes sont déjà victimes. Prenons par exemple le débat doctrinal sur les mutilations sexuelles : si on élargit la jurisprudence actuelle, toutes les femmes excisées vont venir. Ce qui amène à un autre problème juridique, celui du « tous bourreaux »… La qualité de bourreau se dilue elle-même, il n’y aurait finalement pas de persécuteur mais des violences générales, nous rencontrons une difficulté à nous y repérer. Cela fait partie des débats qui accompagnent la doctrine et son évolution. Avec aussi des réticences implicites : ne doit-on pas finalement considérer toutes les femmes comme victimes de la condition féminine ? Voilà pourquoi après rencontré un début de reconnaissance, le dossier des mutilations sexuelles se perd dans son champ opérationnel…

Quand est fait en famille le récit de la persécution subie, en couple par exemple, le récit appartient à l’homme. La femme est comme un deuxième cercle où sa parole émerge très difficilement. En outre, il y a une banalisation des récits de femmes concernant les viols innombrables, comme un élément qui détend l’attention, comme cela était en réalité si banal, le propre de la condition des femmes du sud et de la souffrance en général.

Je ne suis pas très optimiste en fait. Dans les pays de l’Europe du Nord, bien sûr, il y a des jurisprudences, et des colloques. Mais en France par exemple, un tel sujet de colloque n’est pas assez élitiste, comme « l’externalisation des politiques d’asile », etc., ce n’est pas assez « universel » pas assez « cartésien », pas assez théorique… Un défaut très important de chez nous. Pourtant les femmes sont les victimes les plus nombreuses, quasiment toutes ont subi des persécutions. Derrière la condition du réfugié, il y a un bourreau, chaque fois qu’on l’élimine on diminue la persécution. Les femmes sont les plus nombreuses, les plus violées, et celles qui meurent le plus souvent. »

Fatiha Mlati, France Terre d’Asile (FTA) a enchaîné ainsi : « Jamais il n’y avait eu encore un colloque pour le 8 mars sur les femmes réfugiées. Merci. Depuis 2004, 51% des foyers reçus par France Terre d’Asile sont constitués par des femmes : c’est une problématique majeure dans les centres d’accueil.

Les femmes réfugiées souffrent d’un fort isolement social. Tout ce qui est fait en matière d’insertion les concernant semble chaotique. Pour notre programme concernant des femmes réfugiées, rendu possible grâce au soutien de l’Union européenne, nous avons réfléchi à un service d’accompagnement pour les réfugiées à partir de la question de l’insertion et de l’intégration pour celles qui ont le statut acquis de réfugiées... Nous avons fait le tour des hôtels… Elles sont hébergées dans des hôtels ne respectant pas leur dignité ni l’équilibre familial, ne permettant pas aux enfants de suivre une scolarité. Nous avons donc développé une solution « d’appartement partagé » dans les quartiers riches comme les quartiers populaires, des appartements très grands où nous logeons en général deux familles de nationalité différente. Il y a par ailleurs 17000 places d’hébergements pour les demandeurs d’asile, avec activités dites occupationnelles car ils n’ont pas le droit de travailler… Or les équipes sociales développaient des pratiques étranges différenciées par sexe ! Il nous semble au contraire important de veiller à ce qu’il y ait de la mixité, donc de proposer notamment d’autres activités aux femmes que celles qui renvoient à des activités domestiques comme la couture ou le macramé.

Notre système d’accueil est défaillant sur la santé aussi : comment peut-on se reconstruire quand on a subi ce genre de choses... (traumatismes, viols…) Il y a six sites spécialisés seulement en France, et pas de suivi spécifique pour les demandeurs d’asile (une association très compétente en ce domaine va bientôt fermer ses portes). L’accès aux soins des demandeurs d’asile et des réfugiés nécessiterait notamment que soit développé un véritable service public d’interprétariat, afin qu’il soit possible d’exprimer ses douleurs et de faire remonter un certain nombre de choses. Il y a cinq ans, en période de campagne présidentielle, FTA et d’autres partenaires ont fait campagne ensemble sur le « droit à la langue », qui était inscrit dans la loi de cohésion sociale de 2004, alors que rien n’existe sur le terrain ! Une catastrophe…

Par ailleurs, il faut noter au titre des problèmes le fait que les demandeurs d’asile n’ont pas de rémunération, ni de garde d’enfant possible pour aller dans les formations éventuellement proposées… alors ce sont souvent les femmes qui y renoncent car les dispositifs existants ne prennent pas en compte leur problématique spécifique.

En 2005, 55% des femmes bénéficiant d’un statut ont obtenu la protection subsidiaire, c’est-à-dire une protection au rabais par rapport au statut de réfugié selon la Convention de Genève, et qui dure un an au lieu de 10 ans pour les réfugiés, etc. La loi Ceseda les fragilise et les précarise encore plus…

Benoît MESLIN, secrétaire général de l’OFPRA est intervenu à son tour pour rappeler un certain nombre d’éléments. D’abord, il a explicité et défendu le statut de la protection subsidiaire incriminée par des intervenants précédents. La Convention de Genève de 1951 ne permet pas d’accorder l’asile à toute personne en difficulté, a-t-il ainsi rappelé. Or, la protection subsidiaire permet de prendre en compte un certain nombre de situations que la Convention de Genève et le droit d’asile écartaient de leur champ. Avec la création de la protection subsidiaire en 2003, « l’objectif était de pouvoir protéger d’autres personnes qui n’entraient pas dans les critères de la Convention de Genève mais méritaient d’être protégées, certes de façon moins approfondie et moins durable qu’avec le statut de réfugié. Nous avons de fait chaque année de plus en plus de femmes sous le statut de réfugiée en France : 29% en 2001, 34% en 2005, 36% en 2006. Parce que de plus en plus de femmes viennent demander protection de la France, et parce que les critères ont été élargis aux persécutions ou menaces graves émanant d’auteurs non étatiques, donc cela couvre les mariages forcés ou l’excision par exemple, opérés par des familles et traditions populaires, non par des Etats. Il faut tenir compte du fait que ces textes sont encore récents (2003, mis en application en 2005) et que la protection des femmes continue régulièrement d’augmenter : donc il y a lieu d’être optimiste sur cette évolution en France. »

Il a aussi précisé certains éléments de procédure de l’OFPRA : « quand les femmes se présentent, nous les entendons séparément du mari. Nous faisons en sorte de les faire entendre par des officiers de protection féminins et que l’interprète éventuel soit aussi une femme afin que la communication soit la moins difficile possible. »

Moneta ROSELLA, d’Amnesty International (AI) a exposé le champ d’intervention de son organisation… AI intervient sur un niveau essentiellement juridique. Pour parler des femmes dans les conflits, il est possible pour AI de se référer à son travail dans la région africaine des grands lacs ou en Bosnie-Herzégovine, où a été mise en œuvre une pratique du viol comme arme de guerre, ainsi que l’humiliation de la femme comme outil de domination et de contrôle… En 1991-1992, les déplacements des populations et les viols ont ainsi constitué des moyens de guerre majeurs dans l’ex-Yougoslavie ! AI a par ailleurs ouvert une campagne sur les fillettes soldats en RDC, un dossier énorme avec viols constants et exercice régulier de la violence. AI tente d’une part de contraindre juridiquement chaque Etat de prendre acte de ses manquements au niveau des droits humains, d’autre part d’organiser le retour et la réinsertion des filles en RDC. Or, c’est extrêmement difficile voire impossible à réaliser : même après un passage dans un premier temps par les camps de réfugiés, il reste très incertain que les filles seront acceptées et réinsérées dans leur village d’origine. Ce même phénomène de la non réadmission des femmes dans leurs lieux de vie se produit un peu partout.

Comment faire pour un droit sexué des femmes, qui ne soit pas seulement considéré comme une partie des droits humains ? En intervenant sur les droits humains, on peut faire avancer les Etats sur le plan législatif. Exemple au Chili : les mères de place de Mai en Argentine et les mères du Chili ont toujours demandé à savoir où sont passés leurs enfants disparus. Or, la loi d’impunité promulguée a de fait interdit de retrouver les lieux de torture et de disparition des cadavres. Mais il a été possible ici au final non seulement de faire intervenir le droit international, mais d’emprisonner Pinochet et de faire modifier la jurisprudence et la loi au Chili… et tout cela a produit aussi indirectement l’élection de Michèle Bachelet...

Monetta Rosella a ajouté enfin que le droit démocratique est essentiel en soi pour faire progresser le droit des femmes et les droits humains

Monsieur Rahoui (en représentant du président Rachid Lahlou), du Secours Islamique en France (SI) s’est ensuite à son tour exprimé sur le travail spécifique de son organisation en direction des femmes victimes de guerre : « Femmes réfugiées ou déplacées : nous ne faisons pas de différence au SI. Toutes, elles sont privées d’avenir et de perspective. Notre association est partenaire d’agences et d’institutions internationales comme le Haut Comité aux Réfugiés, l’Union Européenne, le Ministère des Affaires Etrangères... Nous partageons avec l’ensemble de la communauté internationale des valeurs de non discrimination sur la base de religion, de la race ou du sexe. Nous montons des programmes pour travailler à la fois en phase d’urgence et en post-urgence. Nous sommes convaincus que la femme doit être non seulement bénéficiaire mais partenaire des programmes : réfugiées palestiniennes, celles de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, déplacées du Darfour ou les Tchétchènes en Ingouchie… les femmes sont associées chaque fois pour définir la nature des besoins et les projets, par exemple l’accès aux consultations de gynécologie ou de pédiatrie en phase d’urgence... En phase de post-urgence, c’est-à-dire de réhabilitation et développement, les enjeux sont en outre notamment l’accès à l’eau potable, à la santé, à l’éducation, la construction d’une autonomie (activité génératrice de revenus, microcrédits pour les femmes qui veulent lancer des projets pour subvenir aux besoins de leurs familles…).

Nous avons pris en charge déjà 20 000 enfants dans le monde, orphelins, en pays musulmans et non musulmans, ce qui veut dire entre autres un travail autour de l’éducation, de la santé, des loisirs… Nous avons monté des plans aussi par ailleurs contre l’exclusion, pour les sans-abri en France, en milieu carcéral, notamment pour les femmes détenues, afin qu’elles puissent fêter le Ramadan ou l’Aïd-el-Kébir, pour leur dire ‘la société est là pour partager avec vous’.

Nous nous inscrivons dans le cadre du Millénaire du développement de l’ONU, qui se fixe pour objectif l’éradication de la pauvreté d’ici 2015. nous nous engageons pour un travail efficace et de qualité. Et nous sommes convaincus que les femmes sont l’avenir de la planète. »

Jean-Pierre Alaux (GISTI) a conclu la série d’interventions de la matinée par les mots suivants : « les interventions de ce matin allaient de l’optimisme (OFPRA) à un certain pessimisme (par la voix des associations). Avec moi, vous aurez un tableau catastrophé de la situation…

Il est vain de regarder les avancées ou reculs de la jurisprudence ou de la doctrine. Le droit sert de décoration à une politique française, européenne et occidentale. Nous assistons à une augmentation de la proportion des femmes demandeuses d’asile, mais cette augmentation se situe dans le cadre d’un effondrement des demandes d’asile honorées d’une réponse positive. Pourquoi cet effondrement de la demande ? Parce que les réfugiés n’accèdent plus aux pays où ils peuvent accéder à la demande.

Les femmes sont surpersécutées pendant tout le trajet de l’exil. Ces difficulté de trajet qui frappent aussi les hommes et les mineurs s’accroissent. La route est devenue périlleuse précisément parce que les pays vers lesquels ils et elles se rendent pour obtenir protection multiplient les obstacles et favorisent les passeurs et les mafias : au fond, les véritables donneurs d’ordres, facilitateurs de fortune des passeurs, ce sont les ministres de l’intérieur de nos gouvernements.

Je vais donc relativiser les considérations optimistes sur l’évolution de la jurisprudence ou l’invention européenne de la protection subsidiaire.

Plus il y a de demandeurs d’asile, plus le taux de reconnaissance s’effondre, de façon mathématique. La répression est d’autant plus lourde et dangereuse pour les demandeuses et demandeurs d’asile qu’elle est de plus en plus sous-traitée auprès des pays de transit, par exemple au Sénégal, ou au Pakistan, sous pression de l’Europe... Les enjeux sont très en amont !

La situation des demandeurs d’asile est si décourageante et les obstacles sont si nombreux que de plus en plus de persécutés arrivant sur le sol de l’Europe renoncent à demander quoi que ce soit. Par exemple, autour des gares de l’Est et du Nord, Irakiens, Afghans, Iraniens, venus pour fuir des persécutions et ne demandent rien pour des raisons multiples :

les chiffres de l’octroi effectif du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire sont désespérants, se situent à moins de 20% (concernant les Irakiens : pour des raisons d’entraves artificielles administratives ou juridiques, sans rapport avec la situation réelle des individus) ;

clochardisation des individus en raison de la détresse matérielle et psychologique, ils perdent toute confiance dans des pays comme le nôtre. Renoncement au vu du traitement à l’accueil.

règles européennes, notamment règlement Dublin qui imposent aux DA de ne pas choisir le pays où ils demandent protection, mais de déposer leur demande dans le premier qui leur a accordé un visa ou le pays qui a pris le premier leur empreinte digitale… donc aux frontières de l’Europe. Souvent disqualifiés alors en poursuivant leur route.

Je suis souvent frappé que peu de femmes partent d’Afghanistan, plutôt les hommes. Je crois qu’un jour plus de femmes partiront d’Afghanistan car l’école les libérera des interdits qui entravent leur départ. Mais alors on peut prédire un durcissement de la loi française en la matière.

Protection subsidiaire : en effet, je ne crois pas que ce soit un progrès : il n’y a pas d’ouverture de la protection à de nouvelles catégories… On a doublé ainsi le nombre de réfugiés tombant en situation précaire, par ce statut d’un an renouvelable, on verra à l’usage que ce statut ne sera pas toujours renouvelé.

Pour terminer, je voudrais vous raconter une histoire qui me laisse méditatif, celle d’un jeune Afghan de 21 ans arrivé il y a un an en France où il a demandé l’asile. L’Ofpra lui a refusé l’asile, ce que je comprends car il n’a presque rien dit. Au Gisti, où il est venu par les copains, il a mis longtemps à parler : dire qu’il était enfant naturel, donc n’avait jamais été à l’école car il était enfant naturel, puis violé de façon continue dans la ferme où sa mère célibataire l’avait abrité pour le protéger. Sa mère, elle, ne songera jamais à partir, alors qu’elle peut être lapidée à tout moment, sans aucune protection de la justice. Et si cette maman avait eu une fille naturelle, celle-ci ne serait sans doute pas en France. »

L’après-midi fut consacré aux témoignages de réfugiées [1].

Mon intervention en matinée est revenue sur la place spécifique des femmes dans un double contexte propre à la période contemporaine : transformation néolibérale accélérée impliquant une redistribution géographique des fonctions économiques où les femmes sont elles-mêmes partie prenante de manière renouvelée (de plus en plus de migrantes économiques isolées, place des femmes immigrées dans les industries notamment du textile, des maquiladoras du Ciudad Juarez au Mexique à l’Asie du Sud-Est, dans des conditions extrêmes et inhumaines, en passant par les emplois industriels déqualifiés et les emplois domestiques en Europe ou dans le Golfe, entre autres exemples...) ; imaginaire actuel qui sous-tend les guerres, l’aspect "guerres des civilisations" impliquant une construction rigidifiée inquiétante de l’image de la femme "butin de guerre", dépositaire de la modernité ou de la vertu, etc. Cette rigidification implique une inflexion de nos approches collectives des victimes de guerre qui handicape à la fois notre compréhension des conflits eux-mêmes, et notre approche des femmes qui en sont victimes, casse notre solidarité nécessaire dans une perspective féministe (quelle solidarité de genre devant les divisions qui nous sont imposées par cette vision), dans une perspective humaniste (suspicion d’inégalité des cultures, donc d’inégalité des êtres) et dans une perspective politique (se battre pour le droit à l’émancipation individuelle de chacune est-il possible dans un tel contexte omniprésent de surcharge symbolique concernant la femme ?).

Karine Gantin

Karine Gantin, membre du collectif Resisting Women-Femmes en Résistance, représentait au colloque le collectif Resisting Women.

Un chaleureux merci à Benjamin Joyeux.

Notes :

[1] assurant la traduction simultanée pour les intervenantes, il m’était impossible de prendre leurs paroles en note

Launching the Resisting Women Project at WSF 2007 in Nairobi

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
Launching the Resisting Women Project at WSF 2007 in Nairobi
The Resisting Women Project has been launched in Nairobi (Kenya), with a Seminar organised by Alter Inter at the Word Social Forum (23/01/07). This is the invitation text :
The Call

Women, let us refuse to be hostages to the clash of civilizations!

The clash of civilizations paradigm has gained autonomy in these past years: It permeates political discourses and practices in many a region of the world, in the North as well as the South, transforms human and social relationships, affects international relations on all levels. In this eminently symbolic war, women’s body, their free will and their struggles are taken hostage. Indeed, this situation of new war, real and fantasized at the same time, leads to a re-emergence of virility values reduced to their most bellicose conception, in short an aggressive and destructive one: Sometimes, in the name of the struggle against the imperialist and colonialist West, women are thus restricted to a conservative reading of religious traditions; Or else, in the name of a formal interpretation of universalist values that include gender equality and woman’s rights, a war with imperialist overtones, latent or active, is declared against social groups, nations and peoples, against their culture and against their right to think, to emancipate themselves, to invent… In short, women tend to be reduced in a renewed fashion, all over the place and in all social classes, to an object thought about by others, defined by dominant groups on the basis of the latter’s authority, according to the needs of the latter’s struggle, used as a mere tool or even demeaned by these very groups: Rapes in the context of war, intensified normalization of women’s emotional and social life, ideological hijacking of their histories and their fights, aggravated suspicion vis-à-vis an autonomous feminist search, refusing the diversity of women’s trajectories toward emancipation outside of admitted circuits… Setting the world up for war in the name of a civilization supposed to free the “barbarians” makes women’s life a little more difficult with each passing day, while women still have to suffer as well and as always from patriarchal oppression, from the weight of economic liberalism and the ensuing misery, but also from the effects of this disguised war that singles them out as potential enemies of those women deemed to be emancipated.

This ideological confrontation hampers the dialogue among feminists themselves, harms the convergence between women’s struggles, deeply divides the feminist movement, dangerously weakens it just at a time when the rights, words and freedoms of half of humanity are mistreated and do call for common mobilisations. In particular, of course, the religious issue, “the headscarf case” or the demand of an independent thinking by women on spiritualities or intercultural relations are as many splits cutting across the various activist fields.

Today, how could we resume the debate that was left in abeyance by these recent transformations and divisions while relying on an analysis of current emergencies and struggles for women? With our diversities, in which terms could we frame the imperative of feminist struggles that would once more converge? With which slogans? Are we still able to have a common reference among activists, beyond disagreements, old or recent? And do we take feminist struggles away from the clash of civilizations paradigm? How do we denounce the latter in the name of “another possible world”… by explicitly relying on women’s struggles? How do we link up feminism to the other social and political struggles for emancipation, and how do we place it inside the worldwide movement for alternatives to neoliberal globalization? The key stake lies indeed in deconstructing this situation of capitalist, nationalist, ethnic, religious or cultural “war set-up” at work, in order to contribute to opening up a common space for the construction of global alternatives while avoiding two pitfalls together: absolute cultural relativism and an “abstract” and dominating universalism.

The seminar intends to analyze the present state of affairs regarding women’s struggles in the context of current international transformation, in order to bring out their specificities and their convergences, to examine their kinds of connections to other social struggles, to invent new active perspectives for feminism that would be likely to serve women’s struggles as well as the world social and alternative movement as a whole in its search for viable alternatives.



Resisting Women, Nairobi Karine Gantin, Siham Andalouci & Cecilia Baeza presenting the Call in Nairobi

Lancement du projet Resisting Women (FSM de Nairobi, janvier 2OO7)

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
Le projet Resisting Women - Femmes en résistance a été lancé lors du Forum social mondial de Nairobi au Kenya, à l’occasion du séminaire spécifique co-organisé ensemble avec Alternatives International dans le cadre de la journée d’études "Alter Inter - Guerre globale", le 23 janvier 2007. Le thème du séminaire, qui s’est déroulé en matinée, portait sur les femmes et les luttes féministes dans la guerre globale.

Texte d’appel

Le paradigme de guerre des civilisations a gagné ces dernières années en autonomie : il imprègne les discours et pratiques politiques en mainte région du monde, au Nord comme au Sud, transforme les rapports humains et sociaux, infléchit à tous niveaux les relations internationales. Dans cette guerre éminemment symbolique, le corps des femmes, leur libre-arbitre et leurs luttes sont pris en otage. En effet, cette situation de guerre nouvelle, à la fois réelle et fantasmée, entraîne la résurgence de valeurs viriles réduites à leur conception la plus guerrière, bref agressive et destructrice : tantôt, au nom de la lutte contre l’Occident impérialiste et colonialiste, les femmes sont ainsi enfermées dans une lecture conservatrice des traditions religieuses ; ou bien, au nom de valeurs universalistes parmi lesquelles l’égalité des sexes et les droits de la femme, une guerre aux accents impérialistes, larvée ou active, est déclarée contre des groupes sociaux, des nations et des peuples, contre leur culture et contre leur droit à penser, s’émanciper, inventer …

Bref, les femmes tendent à être réduites de façon renouvelée, un peu partout et dans toutes les classes sociales, à un objet pensé par d’autres, défini d’autorité par les groupes dominants selon les besoins de leur lutte, instrumentalisé voire bafoué par eux : viols en contexte de guerre, normalisation accentuée de la vie affective et sociale des femmes, détournement idéologique de leurs histoires et de leurs combats, suspicion aggravée vis-à-vis d’une recherche féministe autonome, refus de la diversité des trajectoires émancipatrices féminines hors circuits collectivement admis… la mise en guerre du monde au nom d’une civilisation sensée libérer les « barbares » rend chaque jour un peu plus difficile la vie des femmes qui ont aussi et toujours à subir l’oppression patriarcale, le poids du libéralisme et la misère qui s’en suivent mais aussi les effets de cette guerre qui ne dit pas son nom mais les désigne comme ennemies potentielles des femmes dites émancipées.

Cet affrontement idéologique entrave le dialogue entre féministes elles-mêmes, nuit à la convergence entre les luttes de femmes, divise le mouvement féministe en profondeur, l’affaiblit dangereusement alors même que les droits, paroles et libertés de la moitié de l’humanité sont malmenés et appellent à des mobilisations communes. Particulièrement, bien sûr, la problématique religieuse, « l’affaire du voile » ou la revendication d’une réflexion indépendante par les femmes sur les spiritualités ou les rapports interculturels traversent comme autant de fractures les différents champs militants.

Comment aujourd’hui reprendre le débat laissé en suspens par ces transformations et divisions récentes, en s’appuyant sur une analyse des urgences et des luttes du moment pour les femmes ? En quels termes poser aujourd’hui l’impératif de luttes féministes à nouveau convergentes avec nos diversités ? Sur quels mots d’ordre ? Sommes-nous encore capables d’avoir un référentiel commun entre militantes, par-delà les désaccords, anciens ou récents ? Et comment soustraire les luttes féministes au paradigme de guerre des civilisations ? Comment dénoncer celui-ci au nom d’un « autre monde possible »... en prenant explicitement appui sur les luttes des femmes ? Comment articuler le féminisme aux autres luttes sociales et politiques émancipatrices, et comment le situer à l’intérieur du mouvement altermondialiste mondial ? L’enjeu est bien de déconstruire cette situation de « mise en guerre » capitaliste, nationaliste, ethnique, religieuse ou culturelle à l’œuvre, pour contribuer à dégager un espace commun de construction d’alternatives globales, en évitant ensemble deux écueils : le relativisme culturel absolu et un universalisme « abstrait » et dominateur.

Resisting Women

De cette initiative sont nés le projet éditorial ResistingWomen.Net (www.resistingwomen.net) et le collectif militant Resisting Women (www.collectiveresistingwomen.centerblog.net).

!Mujeres, no queremos ser los rehenes de la guerra de civilizaciones!

Publié le 06/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
FSM de Nairobi (Kenya), 23/01/07

Seminario coorganizado por Alter Inter y Resisting Women – Mujeres en Resistencia

El paradigma de “guerra de civilizaciones” ganó estos últimos años en autonomía: impregna los discursos y prácticas políticas en múltiples regiones del mundo, en el Norte como en el Sur, transforma las relaciones humanas y sociales, influye sobre todos los niveles de las relaciones internacionales. En esta guerra sumamente simbólica, quedan atrapados y manipulados el cuerpo de las mujeres, su libertad de pensamiento y sus luchas. En efecto, esta situación de nueva guerra, a la vez real y fantaseada, conlleva a la resurgencia de valores viriles reducidos a su concepción la más guerrera, agresiva y destructora : por un lado, en nombre de la lucha contra el Occidente imperialista y colonialista, las mujeres se ven encerradas en una lectura conservadora de las tradiciones religiosas ; por otro lado, en nombre de una lectura formal de valores universalistas entre los cuales la igualdad de género y los derechos de las mujeres, una guerra imperialista, latente o activa, es declarada contra grupos sociales, naciones y pueblos, contra su cultura y contra su derecho a pensar, emanciparse, inventar…

En breve, las mujeres tienden a ser reducidas de forma renovada, en todas partes y en todas las clases sociales, en un objeto pensado por otros, definido por la autoridad de grupos dominantes según las necesidades de sus luchas, instrumentalizado o incluso atropellado por ellos : violaciones en contexto de guerra, normalización acentuada de la vida afectiva y social de las mujeres, desvío ideológico de sus historias y de sus combates, sospecha agravada en relación a la búsqueda de una búsqueda feminista autónoma, negación de la diversidad de las trayectorias emancipadoras femeninas fuera de los circuitos admitidos… la puesta en guerra del mundo, en nombre de una civilización que pretende liberar los « bárbaros », hace cada día un poco mas difícil la vida de las mujeres que siguen teniendo que padecer de la opresión patriarcal, del peso del liberalismo y de la miseria que le está asociada, y a la vez de los efectos de esa guerra que no dice su nombre pero que las designa como las enemigas potenciales de las mujeres supuestamente emancipadas.

Esta confrontación ideológica obstaculiza el dialogo entre las propias feministas, e impide una convergencia entre las luchas de las mujeres, divide profundamente al movimiento feminista, lo debilita peligrosamente precisamente cuando los derechos, palabras y libertades de la mitad de la humanidad se ven maltratados y llaman a movilizaciones comunes. Particularmente, por supuesto, “el asunto del velo islámico » en Francia o la reivindicación de una reflexión independiente por las mujeres sobre sus espiritualidades o sus relaciones interculturales atraviesan los diversos espacios militantes como fracturas.

¿Como hoy retomar el debate dejado por esas transformaciones y recientes divisiones apoyándose sobre un análisis de las urgencias y de las luchas del momento para las mujeres? ¿En que términos plantear hoy el imperativo de luchas feministas nuevamente convergentes con nuestras diversidades? ¿Sobre que lemas? ¿Somos todavía capaces de tener un referencial común entre militantes, más allá de los desacuerdos, antiguos o recientes? ¿Y como sustraer las luchas feministas al paradigma de guerra de civilizaciones? ¿Cómo denunciarlo en nombre de un « otro mundo posible »… tomando explícitamente apoyo sobre las luchas de las mujeres? ¿Cómo articular el feminismo a las otras luchas sociales y políticas emancipadoras, y como situarlo al interior del movimiento alter-mundialista mundial? Está en juego el hecho de deconstruir esta situación de “puesta en guerra” capitalista, nacionalista, étnica, religiosa o cultural, para contribuir a despejar un espacio común de construcción de alternativas globales, evitando juntas dos escollos: el relativismo cultural absoluto y un universalismo “abstracto” y dominador.

El seminario propone hace un balance analítico de las luchas de las mujeres en el contexto de transformación internacional actual, para mostrar sus singularidades y sus convergencias, problematizar sus modos de articulación a las otras luchas sociales, inventar nuevas perspectivas activas para el feminismo susceptibles de servir las luchas de las mujeres así como el conjunto del movimiento social alter-mundialista en búsqueda de alternativas viables.

31/01/08 : Coran et Femmes

Publié le 04/04/2008 à 12:00 par collectiveresistingwomen
31/01/08 : Coran et Femmes
La problématique de la "femme musulmane" est depuis longtemps prise en otage entre deux perceptions extrêmes… Celle d’une approche islamique conservatrice très rigide et celle d’une approche occidentale, ethnocentrique et islamophobe. En réponse à cela, se dessine parmi une partie des croyantes musulmanes un nouveau mouvement qui entreprend une relecture du Coran à partir d’une perspective féminine et qui se donne pour objectif de retrouver une véritable dynamique de libération de l’intérieur même de la sphère islamique, dans la perspective d’une "revalorisation" du statut de la femme musulmane.
Dans le cadre du Réseau Resisting Women – Femmes En Résistance

et le site www.resistingwomen.net

Vous êtes invité-e-s à une rencontre autour du livre

Le Coran et les femmes : Une lecture de libération

Jeudi 31 JANVIER 2008 de 20H00 à 22H30 Au CEDETIM - 21ter rue Voltaire - 75011 PARIS (France)

Entrée Libre

Pour tout renseignement, veuillez nous contacter au 06.62.73.78.79

Avec la participation de :

Asma Lamrabet : Médecin et intellectuelle engagée sur la question de la femme en Islam. Dernier ouvrage paru : Le Coran et les femmes : Une lecture de libération (2007)

Nadia Oulehri : Avocate au Barreau de Rabat et Présidente de l’association « Action Femmes Juristes ».


Pour lire l’introduction du livre, cliquez ici.

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